20 décembre 1835

« 20 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 240-241], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9713, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon adoré, bonjour je t’aime, je suis heureuse, je crois que tu m’aimes. Il ne me manque que votre chère petite personne pour être geaie. C’est peu de chose comme vous voyez. Oh ! non, ne rions pas, ta présence, c’est ma vie, c’est ma lumière, c’est mon soleil, c’est tout ce que j’aime et ce que je désire.
Pauvre cher petit homme, il a fait bien froid et bien mauvais temps cette nuit. Tu en auras souffert, j’en suis sûrea, car tu es l’homme le plus négligent et le plus cruel qu’il y aitb pour toi. Quel malheur que je n’habite pas sous le même toit que vous. Je vous ferais des phame feux la nuit, je vous ferais joliment chauffer vos petites pantoufles, et j’avancerais un bon petit coussin sous vos pieds pour les empêcher de toucher à l’affreux carreau froid de votre chambre. Mais, hélas ! l’air t’emporte et la terre m’enchaîne.
« Sort cruel ! »1
c
Tous mes vœux ne servent qu’à me faire reconnaître que je t’aime et que je ne peux rien faire pour te le prouver. C’est bien triste et bien amer, va.
Bonjour, mon pauvre chéri, je ne veux pas t’affliger de ma tristesse, parlons d’autre chose. De ton vaudeville2 par exemple : il me semble destiné à un immense succès. Tous les couplets de facture me paraissent devoir être redemandés tous avec frénésie. L’auteur de cet immorteld ouvrage devra être porté sur la scène, couronné, embrassé, léché, adoré et conspué.
Vous voyez, mon cher petit homme, qu’en fait d’ouvrage de goût, je les sens autant et mieux que qui [que] ce soit. Vous savez en outre que je vous aime de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Juliette cite deux vers de la troisième strophe de la pièce XXVII des Chants du crépuscule, de Victor Hugo : « Mais, hélas ! l’air t’emporte et la terre m’enchaîne. / Sort cruel ! ». Elle conserve la mise en page en centrant « Sort cruel ! » dans sa ligne.

2 Juliette évoque-t-elle La Esmeralda ? L’opéra, dont la musique est écrite par Louise Bertin, sera représenté pour la première fois le 14 novembre 1836.

Notes manuscriptologiques

a « sur ».

b « qu’il y est ».

c Les points courent jusqu’au bout de la ligne.

d « imortel ».


« 20 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 242-243.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9713, page consultée le 25 janvier 2026.

Mon cher petit homme, je vous aime, je vous chéris, et je vous adore. Je suis bien fâchée que vous ayez mal à la gorge. Si je pouvais, je vous prêterais la mienne, mais je ne peux pas. Je ne peux que vous plaindre et vous aimer davantage si c’est possible.
Je viens de donner un nouveau congé à ma servante à propos de mon vin qu’elle me volait évidemment et notamment aujourd’hui que je l’avais marqué. Il faut en prendre son parti. Cette fille est par trop voleuse. Il est impossible de la garder et de passer sous silence ses pilleries quotidiennes.
Mon cher petit Toto Carabo1, si vous voulez être aussi charmant que vous êtes aimé, vous viendrez de bonne heure ce soir et vous serez l’adoré de votre pauvre Juju qui fait toutes ses joies de votre seule présence.
Je vais me dépêcher [illis.] mon linge et d’apprêter mon lit pour faire vos raccommodages. Avant, je vous baise, je vous embrasse, je vous mange en idées, et je vous attends comme toujours avec amour.

Juliette


Notes

1 Référence à la comptine française en neuf couplets « Compère Guilleri » : « Il était un p’tit homme / Qui s’app’lait Guilleri, / Carabi ; / Il s’en fut à la chasse, / À la chasse aux perdrix, / Carabi, / Toto Carabo, / Marchand d’Carabas, / Compère Guilleri. / Te lairas-tu (ter) mouri ? ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.